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(21) "Danser proprement", pour "bien danser". Expression recherchée, qui est restée dans notre langue, où même elle est devenue d'un usage vulgaire. C'est ainsi que dans cette multitude de locutions bizarres ou ridicules dont Molière s'est moqué avec tant de gaieté, il en est un assez grand nombre que nous employons tous les jours sans nous douter qu'elles sont un présent des "précieuses". Qui croirait, par exemple, que nous leur devons les phrases suivantes : "Tenir bureau d'esprit" ; "Avoir les cheveux d'un blond hardi" ; "Craindre de s'encanailler" ; "Avoir l'humeur communicative" ; "Etre pénétré des sentiments d'une personne" ; "Avoir la compréhension dure" ; "Revêtir ses pensées d'expressions vigoureuses" ; "Avoir le front chargé d'un sombre nuage" ; "N'avoir que le masque de la générosité" ; etc. ? Toutes ces expressions, qui n'ont rien d'extraordinaire aujourd'hui, sont citées par Saumaise comme faisant partie du nouveau dictionnaire des "Précieuses" ; et l'on peut en conclure que cette affection de langage, dont Molière a fait justice, n'a cependant pas été tout à fait inutile à la langue.

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(22) "Billevesées", ou plutôt "billevezées", ainsi que l'écrit Rabelais. Balle remplie de vent, et, par allusion, discours vains, trompeurs. Mot composé de "bille", balle, et de "vezer", souffler, ou de "veze", musette. De là "billevezée", comme l'explique fort bien Furetière, pour "balle soufflée", pleine de vent. C'est précisement le "nugae canorae" des Latins.

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