Las! en l'état qu'il est, comment vous contenter?
Donnez-lui le loisir de se désattrister[54];
Et, quand ses déplaisirs prendront quelque allégeance[55],
J'aurai soin d'en tirer d'abord votre assurance.
Adieu. Je sens mon cœur qui se gonfle d'ennui,
Et m'en vais tout mon soûl pleurer avecque lui.
Ah!
ANSELME, seul.
Le monde est rempli de beaucoup de traverses:
Chaque homme tous les jours en ressent de diverses;
Et jamais ici-bas...
SCÈNE V.—PANDOLFE, ANSELME.
ANSELME.
Ah! bon Dieu! je frémi!
Pandolfe qui revient! Fût-il bien endormi[56]!
Comme depuis sa mort sa face est amaigrie!
Las! ne m'approchez pas de plus près, je vous prie,
J'ai trop de répugnance à coudoyer un mort.
PANDOLFE.
D'où peut donc provenir ce bizarre transport?
ANSELME.
Dites-moi de bien loin quel sujet vous amène.
Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine,
C'est trop de courtoisie, et véritablement
Je me serois passé de votre compliment.
Si votre âme est en peine, et cherche des prières,
Las! je vous en promets, et ne m'effrayez guères!
Foi d'homme épouvanté, je vais faire à l'instant
Prier tant Dieu pour vous, que vous serez content.
Disparoissez donc, je vous prie,
Et que le ciel, par sa bonté,
Comble de joie et de santé
Votre défunte seigneurie.