Je l'aperçois encor, mais ne vous rendez point.
LUCILE.
Ne me soupçonne pas d'être faible à ce point.
MARINETTE.
Il vient à nous.
ÉRASTE.
Non, non, ne croyez pas, madame,
Que je revienne encor vous parler de ma flamme.
C'en est fait; je me veux guérir, et connois bien
Ce que de votre cœur a possédé le mien.
Un courroux si constant pour l'ombre d'une offense
M'a trop bien éclairé de[212] votre indifférence,
Et je dois vous montrer que les traits du mépris
Sont sensibles surtout aux généreux esprits.
Je l'avouerai, mes yeux observoient dans les vôtres
Des charmes qu'ils n'ont point trouvé dans tous les autres,
Et le ravissement où j'étois de mes fers
Les auroit préférés à des sceptres offerts.
Oui, mon amour pour vous sans doute étoit extrême,
Je vivois tout en vous; et, je l'avouerai même,
Peut-être qu'après tout j'aurai, quoique outragé,
Assez de peine encore à m'en voir dégagé:
Possible que[213], malgré la cure qu'elle essaye,
Mon âme saignera longtemps de cette plaie,
Et qu'affranchi d'un joug qui faisoit tout mon bien,
Il faudra me résoudre à n'aimer jamais rien.
Mais enfin il n'importe, et, puisque votre haine
Chasse un cœur tant de fois que l'amour vous ramène,
C'est la dernière ici des importunités
Que vous aurez jamais de mes vœux rebutés.
LUCILE.
Vous pouvez faire aux miens la grâce tout entière,
Monsieur, et m'épargner encor cette dernière.
ÉRASTE.