Avez-vous le diable dans le corps,
Pour ne pas succomber à de pareils efforts?
Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites,
Nous sommes à piquer de chiennes de mazettes,
De qui le train maudit nous a tant secoués,
Que je m'en sens, pour moi, tous les membres roués;
Sans préjudice encor d'un accident bien pire,
Qui m'afflige un endroit que je ne veux pas dire:
Cependant, arrivé, vous sortez bien et beau,
Sans prendre de repos, ni manger un morceau.
LÉLIE.
Ce grand empressement n'est point digne de blâme;
De l'hymen de Célie on alarme mon âme;
Tu sais que je l'adore; et je veux être instruit,
Avant tout autre soin, de ce funeste bruit.
GROS-RENÉ.
Oui, mais un bon repas vous seroit nécessaire
Pour s'aller éclaircir, monsieur, de cette affaire;
Et votre cœur, sans doute, en deviendroit plus fort
Pour pouvoir résister aux attaques du sort:
J'en juge par moi-même, et la moindre disgrâce,
Lorsque je suis à jeun, me saisit, me terrasse;
Mais, quand j'ai bien mangé, mon âme est ferme à tout[298]
Et les plus grands revers n'en viendroient pas à bout.
Croyez-moi, bourrez-vous, et sans réserve aucune,
Contre les coups que peut vous porter la fortune,
Et, pour fermer chez vous l'entrée à la douleur,
De vingt verres de vin entourez votre cœur.
LÉLIE.
Je ne saurois manger.
GROS-RENÉ, bas, à part.
Si ferai bien, je meure[299].
Haut.
Votre dîner pourtant seroit prêt tout à l'heure.
LÉLIE.