CLIMÈNE.

Je n'en doute pas, madame. Mais enfin passons sur ce chapitre. Je ne sais pas de quelle façon vous recevez les injures qu'on dit à notre sexe dans un certain endroit de la pièce; et, pour moi, je vous avoue que je suis dans une colère épouvantable, de voir que cet auteur impertinent nous appelle des animaux.

URANIE.

Ne voyez-vous pas que c'est un ridicule[171] qu'il fait parler?

DORANTE.

Et puis, madame, ne savez-vous pas que les injures des amans n'offensent jamais; qu'il est des amours emportés aussi bien que des doucereux[172]; et qu'en de pareilles occasions les paroles les plus étranges, et quelque chose de pis encore, se prennent bien souvent pour des marques d'affection par celles mêmes qui les reçoivent?

ÉLISE.

Dites tout ce que vous voudrez, je ne saurois digérer cela, non plus que le potage et la tarte à la crème, dont madame a parlé tantôt.

LE MARQUIS.

Ah! ma foi! oui, tarte à la crème! voilà ce que j'avois remarqué tantôt; tarte à la crème! Que je vous suis obligé, madame, de m'avoir fait souvenir de tarte à la crème! Y a-t-il assez de pommes[173] en Normandie pour tarte à la crème? Tarte à la crème, morbleu! tarte à la crème!