REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS A PARIS, SUR LE THÉATRE DU PALAIS-ROYAL, LE 9 AOÛT 1666.
Le Misanthrope, le chef-d'œuvre comique non-seulement de la scène française, mais de la scène noble et de bon ton en Europe, faisait peu d'argent. La farce du Médecin malgré lui, qui succéda immédiatement à ce bel ouvrage, fut évidemment composée pour relever les intérêts financiers du théâtre, et pour compenser, au moyen d'une vogue populaire, la froide estime inspirée par le chef-d'œuvre.
L'idée d'un médecin pour rire, devant son crédit et sa réputation à de grands mots, à une robe et à un bonnet, avait depuis longtemps pris possession de l'esprit de Molière: on la retrouve déjà dans le Médecin volant. L'idée collatérale et l'invention comique de cette femme qui, pour se venger d'un mari, l'indique comme excellent médecin, mais ne livrant ses ordonnances que sous le bâton, est venue renforcer la donnée première, à laquelle toutes les querelles ridicules de la Faculté et des apothicaires, leurs grands combats sur l'antimoine et l'émétique, prêtèrent un corps plus solide.
De là cette délicieuse comédie du Fagoteux ou Fagotier, à laquelle Molière avait rêvé depuis sa jeunesse, de là le plus burlesque et le plus philosophique ensemble, un long éclat de rire aux dépens de la formule pédantesque et de l'antique empirisme. On a peine à croire aujourd'hui que Boileau, cet homme d'un goût si sûr, et qui aimait Molière, lui ait encore reproché, à ce propos, sérieusement, le langage patois qu'il a prêté à ses paysans, tant le sentiment de la décence et de l'élégance convenue dominait alors, tant les meilleurs esprits avaient peu de goût pour la vraie peinture du caractère et la reproduction fidèle de la personnalité humaine. Il n'y avait qu'un pas à franchir pour arriver aux bergers enrubanés de Fontenelle et de Lamothe.
Molière fut récompensé par un succès étourdissant, succès bourgeois et roturier, aussi net, aussi durable que le succès élégant et classique du Misanthrope.
Ce fut, dit-on, dans un conte plaisant, dont Louis XIV avait ri, que Molière trouva sa fable, qui se rapporte à la vieille légende ainsi résumée par Anguilbert: «Quædam mulier percussa a viro suo ivit ad castellanum infirmum, dicens virum suum esse medicum, sed non mederi cuique nisi forte percuteretur, et sic eum fortissime percuti procuravit.» (Mensa philosophica, cap. XVIII, de Mulieribus, in fine, fol. 58.)—«Une certaine femme, frappée par son mari, alla chez son seigneur malade, disant que son mari était médecin, mais qu'il ne guérissait que ceux qui le battaient bien; et par là elle le fit rosser de la bonne manière.» Cet Anguilbert, qui avait, comme beaucoup de moines et de savants du moyen âge, recueilli, pour en garnir son Festin philosophique, toutes les miettes anecdotiques ayant cours de son temps, accorde trois lignes à ce vieux conte, que l'on retrouve dans le fabliau du Vilain mire ou du Manant médecin, et que sans doute Molière avait entendu répéter sous une forme ou sous une autre à la cour de Louis XIV.
On le voit, Molière ne lâche pas sa proie; la guerre commencée à la porte de Nesle dans le Médecin volant, la lutte contre l'empirisme et la crédulité, ne finira qu'avec le Malade imaginaire et avec sa vie.
| PERSONNAGES. | |||
| GÉRONTE, père de Lucinde. | |||
| LUCINDE, fille de Géronte. | |||
| LÉANDRE, amant de Lucinde. | |||
| SGANARELLE, mari de Martine. | |||
| MARTINE, femme de Sganarelle. | |||
| M. ROBERT, voisin de Sganarelle. | |||
| VALÈRE, domestique[95] de Géronte. | |||
| LUCAS, mari de Jacqueline. | |||
| JACQUELINE, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas. | |||
| THIBAUT, père de Perrin, | } | paysans. | |
| PERRIN, | |||
| La scène est à la campagne.—Le théâtre représente une forêt. | |||