LYCARSIS.
Comment! à quel orgueil, fripon! vous vois-je aller?
Est-ce de la façon que l'on me doit parler?
MYRTIL.
Oui, j'ai tort, il est vrai, mon transport n'est pas sage;
Pour rentrer au devoir je change de langage,
Et je vous prie ici, mon père, au nom des dieux,
Et par tout ce qui peut vous être précieux,
De ne vous point servir, dans cette conjoncture,
Des fiers droits que sur moi vous donne la nature.
Ne m'empoisonnez point vos bienfaits les plus doux.
Le jour est un présent que j'ai reçu de vous:
Mais de quoi vous serai-je aujourd'hui redevable,
Si vous me l'allez rendre, hélas! insupportable?
Il est, sans Mélicerte, un supplice à mes yeux;
Sans ses divins appas rien ne m'est précieux;
Ils font tout mon bonheur et toute mon envie;
Et, si vous me l'ôtez, vous m'arrachez la vie.
LYCARSIS, à part.
Aux douleurs de son âme il me fait prendre part.
Qui l'auroit jamais cru de ce petit pendard?
Quel amour! quels transports! quels discours pour son âge!
J'en suis confus, et sens que cet amour m'engage.
MYRTIL, se jetant aux genoux de Lycarsis.
Voyez, me voulez-vous ordonner de mourir?
Vous n'avez qu'à parler: je suis prêt d'obéir.
LYCARSIS, à part.