DORINE.
Lui dire qu'un cœur n'aime point par autrui;
Que vous vous mariez pour vous, non pas pour lui;
Qu'étant celle pour qui se fait toute l'affaire,
C'est à vous, non à lui, que le mari doit plaire;
Et que, si son Tartuffe est pour lui si charmant
Il le peut épouser sans nul empêchement.
MARIANE.
Un père, je l'avoue, a sur nous tant d'empire,
Que je n'ai jamais eu la force de rien dire.
DORINE.
Mais raisonnons. Valère a fait pour vous des pas:
L'aimez-vous, je vous prie, ou ne l'aimez-vous pas?
MARIANE.
Ah! qu'envers mon amour ton injustice est grande,
Dorine! Me dois-tu faire cette demande?
T'ai-je pas[150] là-dessus ouvert cent fois mon cœur?
Et sais-tu pas[151] pour lui jusqu'où va mon ardeur?
DORINE.
Que sais-je si le cœur a parlé par la bouche,
Et si c'est tout de bon que cet amant vous touche?