A quoi peut-il servir de rechercher avec soin si le Dolopathos ou le Castoiement des Dames, ou un conte de Boccace, ou une histoire indienne, ont servi de texte primitif à George Dandin? Les malices du sexe, commune matière des trouvères et de leurs fabliaux, ont fourni depuis le moyen âge à tous les conteurs italiens et gaulois mille facéties ingénieuses, que Molière, aussi laborieux que Shakspeare a constamment étudiées et qu’il a transformées à son gré, selon les besoins de son art et de son époque.
| PERSONNAGES | ACTEURS |
| GEORGE DANDIN[18], riche paysan, mari d’Angélique. | Molière. |
| ANGÉLIQUE, femme de George Dandin, et fille de M. de Sotenville. | Mlle Molière. |
| M. DE SOTENVILLE, gentilhomme campagnard, père d’Angélique. | Du Croisy. |
| MADAME DE SOTENVILLE. | Hubert. |
| CLITANDRE, amant d’Angélique. | La Grange. |
| CLAUDINE, suivante d’Angélique. | Mlle Debrie. |
| LUBIN, paysan, servant Clitandre. | La Thorillière. |
| COLIN, valet de George Dandin. | |
| La scène est devant la maison de George Dandin, à la campagne. | |
ACTE PREMIER
SCÈNE I.—GEORGE DANDIN.
Ah! qu’une femme demoiselle[19] est une étrange affaire! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s’élever au-dessus de leur condition, et s’allier, comme j’ai fait, à la maison d’un gentilhomme! La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose considérable, assurément: mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu’il est très-bon de ne s’y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connois le style des nobles, lorsqu’ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L’alliance qu’ils font est petite avec nos personnes: c’est notre bien seul qu’ils épousent; et j’aurois bien mieux fait, tout riche que je suis, de m’allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s’offense de porter mon nom, et pense qu’avec tout mon bien je n’ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin! George Dandin! vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m’est effroyable maintenant, et je n’y rentre point sans y trouver quelque chagrin.
SCÈNE II.—GEORGE DANDIN, LUBIN.
GEORGE DANDIN, à part, voyant sortir Lubin de chez lui.
Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi?