C’est une imposture si grande, et qui me touche si fort au cœur, que je ne puis pas même avoir la force d’y répondre. Cela est bien horrible d’être accusée par un mari, lorsqu’on ne lui fait rien qui ne soit à faire! Hélas! si je suis blâmable de quelque chose, c’est d’en user trop bien avec lui.

CLAUDINE.

Assurément.

ANGÉLIQUE.

Tout mon malheur est de le trop considérer, et plût au ciel que je fusse capable de souffrir, comme il dit, les galanteries de quelqu’un! je ne serois pas tant à plaindre. Adieu; je me retire, et je ne puis plus endurer qu’on m’outrage de cette sorte!

SCÈNE VII.—MONSIEUR ET MADAME DE SOTENVILLE, CLITANDRE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE.

MADAME DE SOTENVILLE, à George Dandin.

Allez, vous ne méritez pas l’honnête femme qu’on vous a donnée.

CLAUDINE.

Par ma foi! il mériteroit qu’elle lui fît dire vrai; et, si j’étois en sa place, je n’y marchanderois pas. (A Clitandre.) Oui, monsieur, vous devez, pour le punir, faire l’amour à ma maîtresse. Poussez, c’est moi qui vous le dis: ce sera fort bien employé; et je m’offre à vous y servir, puisqu’il m’en a déjà taxée.