Je n’ai pu me servir, avec cet innocent, de la pensée que j’avois. Mais le nouvel avis qui lui est échappé feroit la même chose; et si le galant est chez moi, ce seroit pour avoir raison aux yeux du père et de la mère, et les convaincre pleinement de l’effronterie de leur fille. Le mal de tout ceci, c’est que je ne sais comment faire pour profiter d’un tel avis. Si je rentre chez moi, je ferai évader le drôle; et quelque chose que je puisse voir moi-même de mon déshonneur, je n’en serai point cru à mon serment, et l’on me dira que je rêve. Si, d’autre part, je vais quérir beau-père et belle-mère, sans être sûr de trouver chez moi le galant, ce sera la même chose, et je retomberai dans l’inconvénient de tantôt. Pourrois-je point[31] m’éclaircir doucement s’il y est encore? (Après avoir été regarder par le trou de la serrure.) Ah! ciel! il n’en faut plus douter, et je viens de l’apercevoir par le trou de la porte. Le sort me donne ici de quoi confondre ma partie; et, pour achever l’aventure, il fait venir à point nommé les juges dont j’avois besoin.
SCÈNE IX.—MONSIEUR ET MADAME DE SOTENVILLE, GEORGE DANDIN.
GEORGE DANDIN.
Enfin, vous ne m’avez pas voulu croire tantôt, et votre fille l’a emporté sur moi; mais j’ai en main de quoi vous faire voir comme elle m’accommode; et, Dieu merci! mon déshonneur est si clair maintenant, que vous n’en pourrez plus douter.
MONSIEUR DE SOTENVILLE.
Comment! mon gendre, vous en êtes encore là-dessus?
GEORGE DANDIN.
Oui, j’y suis; et jamais je n’eus tant de sujet d’y être.
MADAME DE SOTENVILLE.
Vous nous venez encore étourdir la tête?