Ah! tu prends donc, pendard! goût à la bastonnade?

SOSIE, battu par Mercure.

Ah! qu’est-ce-ci? grands dieux! il frappe un ton plus fort,
Et mon dos pour un mois en doit être malade.
Laissons ce diable d’homme et retournons au port.
O juste ciel! j’ai fait une belle ambassade!

MERCURE, seul.

Enfin je l’ai fait fuir; et, sous ce traitement,
De beaucoup d’actions il a reçu la peine;
Mais je vois Jupiter, que fort civilement
Reconduit l’amoureuse Alcmène.

SCÈNE III.—JUPITER, sous la figure d’Amphitryon; ALCMÈNE, CLÉANTHIS, MERCURE.

JUPITER.

Défendez, chère Alcmène, aux flambeaux d’approcher.
Ils m’offrent des plaisirs en m’offrant votre vue;
Mais ils pourroient ici découvrir ma venue,
Qu’il est à propos de cacher.
Mon amour, que gênoient tous ces soins éclatans
Où me tenoit lié la gloire de nos armes,
Aux devoirs de ma charge a volé les instans
Qu’il vient de donner à vos charmes.
Ce vol, qu’à vos beautés mon cœur a consacré,
Pourroit être blâmé dans la bouche publique,
Et j’en veux pour témoin unique
Celle qui peut m’en savoir gré.

ALCMÈNE.

Je prends, Amphitryon, grande part à la gloire
Que répandent sur vous vos illustres exploits;
Et l’éclat de votre victoire
Sait toucher de mon cœur les sensibles endroits;
Mais, quand je vois que cet honneur fatal
Éloigne de moi ce que j’aime,
Je ne puis m’empêcher, dans ma tendresse extrême,
De lui vouloir un peu de mal,
Et d’opposer mes vœux à cet ordre suprême
Qui des Thébains vous fait le général,
C’est une douce chose, après une victoire,
Que la gloire où l’on voit ce qu’on aime élevé;
Mais, parmi les périls mêlés à cette gloire,
Un triste coup, hélas! est bientôt arrivé.
De combien de frayeurs a-t-on l’âme blessée,
Au moindre choc dont on entend parler!
Voit-on, dans les horreurs d’une telle pensée,
Par où jamais se consoler
Du coup dont on est menacée!
Et, de quelque laurier qu’on couronne un vainqueur,
Quelque part que l’on ait à cet honneur suprême,
Vaut-il ce qu’il en coûte aux tendresses d’un cœur
Qui peut, à tout moment, trembler pour ce qu’il aime?