Attendez: ceci s’adresse au cocher. (Maître Jacques remet sa casaque.) Vous dites...

HARPAGON.

Qu’il faut nettoyer mon carrosse, et tenir mes chevaux tout prêts pour conduire à la foire...

MAITRE JACQUES.

Vos chevaux, monsieur! ma foi, ils ne sont point du tout en état de marcher. Je ne vous dirai point qu’ils sont sur la litière: les pauvres bêtes n’en ont point, et ce seroit mal parler, mais vous leur faites observer des jeûnes si austères, que ce ne sont plus rien que des idées ou des façons de chevaux.

HARPAGON.

Les voilà bien malades! Ils ne font rien.

MAITRE JACQUES.

Et pour ne faire rien, monsieur, est-ce qu’il ne faut rien manger? Il leur vaudroit bien mieux, les pauvres animaux, de travailler beaucoup, de manger de même. Cela me fend le cœur de les voir ainsi exténués; car enfin, j’ai une tendresse pour mes chevaux, qu’il me semble que c’est moi-même, quand je les vois pâtir. Je m’ôte tous les jours pour eux les choses de la bouche; et c’est être, monsieur, d’un naturel trop dur, que de n’avoir nulle pitié de son prochain.

HARPAGON.