N’a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier? Lui sied-il bien d’être amoureux? et ne devroit-il pas laisser cette occupation aux jeunes gens?
MAITRE JACQUES.
Vous avez raison; il se moque. Laissez-moi lui dire deux mots. (A Harpagon.) Eh bien, votre fils n’est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison. Il dit qu’il sait le respect qu’il vous doit; qu’il ne s’est emporté que dans la première chaleur, et qu’il ne fera point refus de se soumettre à ce qu’il vous plaira, pourvu que vous vouliez le traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque personne en mariage, dont il ait lieu d’être content.
HARPAGON.
Ah! dis-lui, maître Jacques, que, moyennant cela, il pourra espérer toutes choses de moi, et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté de choisir celle qu’il voudra.
MAITRE JACQUES.
Laissez-moi faire. (A Cléante.) Eh bien, votre père n’est pas si déraisonnable que vous le faites; et il m’a témoigné que ce sont vos emportemens qui l’ont mis en colère; qu’il n’en veut seulement qu’à votre manière d’agir, et qu’il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les déférences, les respects et les soumissions qu’un fils doit à son père.
CLÉANTE.
Ah! maître Jacques, tu lui peux assurer que, s’il m’accorde Mariane, il me verra toujours le plus soumis de tous les hommes, et que jamais je ne ferai aucune chose que par ses volontés.
MAITRE JACQUES, à Harpagon.