Si fait; on ne peut pas l’être davantage.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Vous devez donc ne me rien cacher.

SBRIGANI.

C’est une chose où il y va de l’intérêt du prochain.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Afin de vous obliger à m’ouvrir votre cœur, voilà une petite bague que je vous prie de garder pour l’amour de moi.

SBRIGANI.

Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en conscience. (Après s’être un peu éloigné de monsieur de Pourceaugnac.) C’est un homme qui cherche son bien, qui tâche de pourvoir sa fille le plus avantageusement qu’il est possible; et il ne faut nuire à personne: ce sont des choses qui sont connues, à la vérité; mais j’irai les découvrir à un homme qui les ignore, et il est défendu de scandaliser[87] son prochain, cela est vrai. Mais, d’autre part, voilà un étranger qu’on veut surprendre, et qui, de bonne foi, vient se marier avec une fille qu’il ne connaît pas et qu’il n’a jamais vue; un gentilhomme plein de franchise, pour qui je me sens de l’inclination, qui me fait l’honneur de me tenir pour son ami, prend confiance en moi, et me donne une bague à garder pour l’amour de lui. (A monsieur de Pourceaugnac.) Oui, je trouve que je puis vous dire les choses sans blesser ma conscience; mais tâchons de vous les dire le plus doucement qu’il nous sera possible, et d’épargner les gens le plus que nous pourrons. De vous dire que cette fille-là mène une vie déshonnête, cela seroit un peu trop fort: cherchons, pour nous expliquer, quelques termes plus doux. Le mot de galante[88] aussi n’est pas assez; celui de coquette[89] achevée me semble propre à ce que nous voulons, et je m’en puis servir pour vous dire honnêtement ce qu’elle est.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.