Ah! madame, c’est vous qui voulez être mère malgré tout le monde; il n’est point d’yeux qui ne s’y opposent; et, si vous le vouliez, la princesse Ériphile ne seroit que votre sœur.

ARISTIONE.

Mon Dieu! prince, je ne donne point dans tous ces galimatias où donnent la plupart des femmes: je veux être mère parce que je la suis, et ce seroit en vain que je ne la voudrois pas être. Ce titre n’a rien qui me choque, puisque, de mon consentement, je me suis exposée à le recevoir. C’est un foible de notre sexe, dont, grâce au ciel, je suis exempte; et je ne m’embarrasse point de ces grandes disputes d’âge sur quoi nous voyons tant de folles. Revenons à notre discours. Est-il possible que jusqu’ici vous n’ayez pu connoître où penche l’inclination d’Ériphile?

IPHICRATE.

Ce sont obscurités pour moi.

TIMOCLÈS.

C’est pour moi un mystère impénétrable.

ARISTIONE.

La pudeur peut-être l’empêche de s’expliquer à vous et à moi. Servons-nous de quelque autre pour découvrir le secret de son cœur. Sostrate, prenez de ma part cette commission, et rendez cet office à ces princes, de savoir adroitement de ma fille vers qui des deux ses sentimens peuvent tourner.

SOSTRATE.