TYRCIS.
Il faut plutôt mourir.
LYCASTE.
Il n’est point de bergère,
Si froide et si sévère,
Dont la pressante ardeur
D’un cœur qui persévère
Ne vainque la froideur.
MÉNANDRE.
Il est, dans les affaires
Des amoureux mystères,
Certains petits momens
Qui changent les plus fières,
Et font d’heureux amans.
TYRCIS.
Je la vois, la cruelle,
Qui porte ici ses pas;
Gardons d’être vu d’elle:
L’ingrate, hélas!
N’y viendroit pas.
SCÈNE III.—CALISTE.
Ah! que sur notre cœur
La sévère loi de l’honneur
Prend un cruel empire!
Je ne fais voir que rigueurs pour Tyrcis:
Et, cependant, sensible à ses cuisans soucis,
De sa langueur en secret je soupire,
Et voudrois bien soulager son martyre.
C’est à vous seuls que je le dis,
Arbres, n’allez pas le redire.
Puisque le ciel a voulu nous former
Avec un cœur qu’amour peut enflammer,
Quelle rigueur impitoyable
Contre des traits si doux nous force à nous armer?
Et pourquoi, sans être blâmable,
Ne peut-on pas aimer
Ce que l’on trouve aimable?
Hélas! que vous êtes heureux,
Innocens animaux, de vivre sans contrainte,
Et de pouvoir suivre sans crainte
Les doux emportemens de vos cœurs amoureux
Hélas! petits oiseaux que vous êtes heureux
De ne sentir nulle contrainte,
Et de pouvoir suivre sans crainte
Les doux emportemens de vos cœurs amoureux
Mais le sommeil sur ma paupière
Verse de ses pavots l’agréable fraîcheur:
Donnons-nous à lui tout entière;
Nous n’avons pas de loi sévère
Que défende à nos sens d’en goûter la douceur.