[1] Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité et de la justice royale, mais depuis la création de la Lieutenance de police en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement amoindrie.

M. de Bullion[2], ruë Platrière[3].

[2] Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de Bullion, qui s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune. Le marquis avoit prêté serment au Parlement, comme prévôt de Paris, le 22 mai 1685. Cette charge rapportoit 8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus. Toute diminuée qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme prestige d’autorité : « les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau (20 octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris, et le lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand bailli ou du sénéchal de la Province. » Le marquis de Bullion mourut fou, en 1721, dans une de ses maisons de la Beauce, où on l’avoit enfermé. « Un de ses cadets, écrit Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur sa démission. » (Mémoires, in-18, t. XI, p. 397.)

[3] Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude de Bullion, de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie au no 3 de la rue Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue Platrière. On y lit toujours au-dessus de la porte : Hôtel Bullion. Il fut longtemps un des plus beaux du quartier et des environs. (V. notre Histoire de la Butte des Moulins, p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est même de ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie haute, où Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures d’Ulysse. Cette partie fut détachée de l’hôtel dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La loge maçonnique de Saint Jean d’Ecosse s’y établit en 1779, dans la galerie même de Vouet, qui étoit encore très-bien conservée. L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours : l’hôtel des ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit entre autres écriteaux sur la porte, en 1789, suivant le Provincial à Paris (Quartier du Louvre, p. 134) : « M. Taima dentiste. » C’étoit le père du grand tragédien.

Lieutenant Civil.

M. le Camus[4], ruë de Paradis.

[4] Frère du président à la Cour des aides, dont nous avons parlé plus haut. Il avoit commencé par être maître des requêtes, puis intendant d’Auvergne. C’est depuis le 4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant civil. Lorsqu’en 1684 les juridictions du grand et du petit Châtelet, qui avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa charge, devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête homme, mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), « glorieux à un point qu’on en rioit, et qu’on en avoit pitié. » Il étoit frère du premier président de la Cour des Aides, et du cardinal Le Camus, et quand il disoit : « Mon frère le Cardinal », il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir.

Lieutenant General de Police.

M. de la Reynie[5], rue du Boulloy.

[5] La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour lui en 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en eût déchargé sur sa demande. Il ne garda que la place de Conseiller d’Etat, qu’il avoit depuis 1680. Il étoit né à Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas de la Reynie, qui depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la sénéchaussée et siége présidial. Lui-même commença dans un présidial, celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe, au petit cimetière Saint-Joseph, « ainsi qu’il l’avoit demandé. » (Mercure, juin 1709, p. 297.)