[10] Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans les Mazarinades. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant le Chevræana il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu arrangé du VIe livre de l’Œnéide :
Uno avulso non deficit alter.
Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier. L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année 1692 : « Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline lui eût nettoyé les dents. » En 1696, on ne nomme encore que Carmeline ; de son neveu et successeur Quarante pas un mot : « C’est, dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’Arlequin Misanthrope joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle Carmeline n’ait une hypothèque spéciale. »
Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, Surin et Coupart au Pont Marie, s’exercent aux mêmes opérations.
Les Sieurs Langlois[11], rue Montmartre ; de Rere et Cuvillier, à la Croix du Tiroir, sont occupez à la reduction des os fracturez et disloquez.
[11] Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, qui soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté de Reims, une lutte fort vive, en 1695, contre « les doyens et docteurs de la Faculté de Médecine de Paris », qui ne vouloient pas les reconnoître, et refusoient de consulter avec eux. Après un an de guerre de mémoires et factum, le roi donna raison aux deux docteurs provinciaux. Ce dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps de tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, dans sa IVe satire : le Médecin pédant :
… Il traite d’écolier
L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.
Mademoiselle de Blegny directrice honoraire et perpetuelle de la Communauté des Jurées Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement pour les personnes de la première qualité et pour celles qui luy sont confiées, demeure chez M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud, première porte à droite[12].
[12] Cet article est différent, moins long, mais plus curieux dans l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer sa femme : « la Directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes de Paris, dit-il, demeure au Jardin médicinal de Pincourt, où les dames de province peuvent faire leur couche à un écu par jour. »