F... joignait aux agréments de la figure les grâces de la jeunesse: voluptueux, dissipateur et courant à l'indigence par la route des plaisirs, pour lesquels sa prodigalité était excessive. Je me trouvai prévenue d'inclination pour lui dès la première vue: il me déclara sa flamme; j'aurais bien voulu soulager son martyre, mais un obstacle cruel m'arrêtait.

Ce fut alors que je reconnus le tort que j'avais eu de souffrir qu'on emprisonnât mes désirs. Je regrettai ma liberté, l'amour m'avait dessillé les yeux et me fit envisager les désagréments de ma situation. En vain je m'efforçai d'en adoucir l'amertume, mon cœur ne pouvait s'ouvrir à la moindre consolation.

Un jour que j'étais restée au lit plus tard qu'à l'ordinaire, F... entra tout à coup dans ma chambre. Je l'aimais trop pour être irritée de la liberté qu'il prenait. Il se mit auprès de mon lit, mais bientôt, se trouvant encore trop éloigné de moi, il quitta sa place pour s'asseoir sur le pied du lit. Il me pressait avec la dernière instance d'avoir pitié de lui.

Émue par sa présence, je n'étais que trop portée à lui donner des témoignages de ma sensibilité. Les yeux attachés sur les siens, je n'avais pas la force de lui répondre.

La manière tendre avec laquelle je le regardais lui apprit son triomphe.

—Adorable objet, me disait-il, puis-je croire que vous vous laissez toucher, et que vous me permettrez...

—Arrêtez, m'écriai-je, arrêtez! Que faites-vous?

—Oui, je vous aime.

—Finissez donc. Non, je ne puis vous rendre heureux.

—Et qui peut s'opposer à mon bonheur, reprit-il, si vous m'aimez?