--Tu ne feras pas cela. Après t'être constamment querellé avec l'infortuné Sternfield depuis votre mariage, pour garder sans tache le beau nom que tu portes, iras-tu maintenant déshonorer ce nom aussi inutilement?

--C'est mon devoir, et, quelles qu'en soient les conséquences, je dois le remplir.

--Mais, pauvre étourdie, tu ne l'affectionnes pas, tu ne l'aimes même pas.

--Oh! c'est une raison de plus pour que je me rende sans délai à son lit de mort. Hélas! le remords pèse déjà bien assez sur mon coeur, je ne veux pas le rendre plus lourd encore.

--Mais enfin quel bien peux-tu lui faire? insista Madame d'Aulnay.

--Ma présence adoucira ses derniers moments, le consolera peut-être. Voudrais-tu donc--et un frisson convulsif courut par tous ses membres--voudrais-tu donc le voir mourir avec de la haine contre moi dans son coeur, peut-être des malédictions sur ses lèvres, comme cela peut très-bien arriver si, oubliant ses droits et mes devoirs, je reste loin de lui.

--Dans ce cas, attends un moment: M. d'Aulnay est sorti, mais je l'attends d'une minute à l'autre, et dès qu'il sera de retour, je lui demanderai hardiment de nous accompagner.

Mais Antoinette ne voulait pas perdre, à attendre, des instants précieux qui pouvaient être les derniers de Sternfield sur la terre. Achevant à la hâte de s'habiller, dès que sa cousine eut laissé la chambre, elle descendit sans bruit l'escalier qui conduisait à l'a porte de derrière et parvint dans la cour. Comme elle l'avait à demi espéré, elle trouva un laquais dans l'écurie, et lui dit à voix basse d'atteler un des chevaux à la petite voiture dont se servait ordinairement Monsieur d'Aulnay. En un clin-d'oeil, tout fut prêt. Antoinette monta dans le véhicule qui passa la porte de cour sans attirer l'attention d'aucune des personnes de la maison, à l'exception peut-être d'une des filles de chambre qui ne trouva cependant rien d'extraordinaire à ce que Mademoiselle sortît à une heure aussi matinale, pensant bien qu'elle se rendait à l'église.

--Maintenant, se dit Antoinette en portant une main à son front malade, ce que j'ai d'abord à faire, c'est d'aller chez le Dr. Manby, et quoiqu'il soit probablement avec ce pauvre Audley, je pourrai peut-être savoir d'un de ses serviteurs où est la demeure de celui-ci.

Arrivée à la paisible maison de pension où logeait le Docteur, elle apprit qu'il avait été appelé auprès du Major Sternfield qui avait été, le matin même, blessé à mort dans un duel.