--Vous n'êtes pas le seul à qui le fardeau de la vie est lourd. Ah! l'existence n'est pas, pour moi non plus, une feuille de rose; mais nous ne devons pas chercher notre récompense sur cette terre. Alors, armez vous donc d'un généreux courage, et au lieu de vous laisser abattre sur le champ de bataille, combattez bravement jusqu'à la fin.

Comme il continuait à garder le silence, et qu'elle craignait un refus définitif, elle se hâta d'ajouter:

--Je vous en prie, écoutez-moi jusqu'au bout: vous ne prendrez as en mauvaise part la démarche que j'ai faite et vous ne l'interpréterez pas comme une action indigne d'une jeune fille bien-née et qui se respecte; mais si je suis vue ici, d'autres n'auront pas la même pensée. Cependant, malgré cette crainte, je ne partirai pas avant que vous ne m'ayez donné la promesse que je vous demande.

--Eh! bien, qu'il en soit comme vous le désirez, amie au coeur noble et généreux, lui répondit-il: oui, par tout ce que j'ai de plus sacré sur la terre, je vous promets de ne plus jamais boire à cette coupe fatale. Du moins, je ferai mes efforts pour me montrer et devenir digne du sympathique intérêt que vous avez daigné prendre d'un être aussi indigne que moi.

Le visage de Gertrude se rassénéra.

--Je sais, dit-elle avec une expression de bonheur, je sais que cette promesse sera fidèlement tenue. Maintenant, acceptez cette bague,--et elle tira de son doigt un superbe rubis--portez-la, non comme souvenir de celle qui vous la donne, mais en mémoire de la promesse solennelle que vous avez faite au moment où elle vous fut présentée.

La bague, qui était trop grande pour Gertrude, allait très-bien au doigt d'Armand.

--Elle sera portée aussi longtemps que ma promesse sera tenue, c'est-à-dire jusqu'à la mort! dit-il en la passant dans l'un de ses doigts.

--Merci, M. Durand. Et maintenant adieu: nous partons ce matin, et je ne vous reverrai probablement plus.

Ils se donnèrent la main et se séparèrent.