--Je n'ai qu'un seul désir au monde, mais comme je sais que tu ne me l'accorderas jamais, je n'ai que faire d'en parler.
Une vague idée de la chose traversa l'esprit de notre héros et le fit frissonner, mais il regarda la jeune et pâle figure en pleurs qui était tournée vers lui d'un air suppliant, et il dit courageusement:
--Qu'est-ce que c'est?
--Je voudrais avoir la cousine Martel pour prendre soin de moi pendant ma maladie.
L'esprit d'Armand saisit de suite toutes les tracasseries, les tempêtes domestiques, l'intense affliction comprises dans cette simple phrase, et il garda le silence.
Délima continua:
--Tu sais que la vieille demoiselle Duprez qui occupait la petite chambre voisine est partie pour aller passer l'hiver avec ses amis aux Trois-Rivières, de sort que nous pourrions avoir cette chambre pour la cousine Martel. Si elle était demandée, elle viendrait très-volontiers, et ce me serait une grande consolation de l'avoir avec moi, plutôt que d'être toute la journée seule à m'ennuyer. Oh! je t'en prie, mon cher Armand, accorde-moi cela!
Il n'était pas dans la nature de Durand de refuser.
--Eh! bien, dit-il, je présume que je ne dois pas répondre par un non à une demande faite le jour de l'an: ainsi tu lui écriras lorsque tu le voudras, et dis-lui que nous paierons toutes ses dépenses.
--Comme tu es bon, Armand! je pense bien qu'elle ne voudrait pas sans cela. La première fis que je suis venue de Saint-Laurent, il m'a fallu lui payer de mon ouvrage les jolies toilettes qu'elle m'avait achetées. Et maintenant, laisse-moi admirer encore ma jolie épinglette; il y a longtemps que je ne me suis vue aussi gaie.