IX

Le lendemain de cette soirée, Belfond vint le voir, et ils eurent ensemble une heure de bonne causerie dans sa petite chambre meublée uniquement et qui, malgré son tapis de catalogne, ses murs blanchis et ses chaises empaillées, était très-confortable. Il y avait sur sa petite table une couple de nattes aux couleurs brillantes et ju joli essuie-plume, évidemment l'ouvrage de doigts féminins. Le visiteur les prit dans ses mains.

--Ma soeur Élise, dit-il m'a aussi donné de ces bagatelles-là. Comment se fait-il que tu aies de ces choses? tu n'as pas de soeur, ni de cousine?

--Assurément, ta grosse et grasse maîtresse de pension doit avoir d'autre chose à faire que passer son temps à te préparer des surprises romanesques sous la forme d'ornements d'aiguille! fit Belfond amusé de la surprise de son ami.

Ce n'est certainement pas elle. Ce doit être plutôt mademoiselle Délima Laurin, une de ses cousines qui demeure actuellement ici pour aider à faire la couture de la maison.

--Oh! enfin nous y arrivons par un détour! dit Belfond en riant. A présent je vais parier ce que tu voudras que celle qui a fait ces nattes est jeune et jolie.

--Je crois qu'elle l'est, bien que je ne l'aie pas envisagée et que je ne lui aies pas parlé dix fois depuis qu'elle est dans la maison, reprit Armand d'un air qui faisait voir qu'il était ennuyé d'un sujet qui, selon lui, était assez peu intéressant pour mériter même qu'on en plaisantât.

Belfond, qui avait du savoir-vivre, s'apercevant de la chose, changea de conversation et parla de leur ancienne vie de collège, de politique et de tout ce qui s'offrit à son esprit. Au bout de quelque temps, il s'approcha de la fenêtre qui donnait sur le jardin, lequel paraissait assez triste malgré le feuillage aux brillantes couleurs du mois d'octobre. Tout-à-cou il s'écria d'un air étonné:

--Dis-moi, Armand, quelle est cette belle princesse, cet ange qui est là dans l'allée? Je n'ai jamais vu une figure aussi belle!