Nous sommes à l'époque la plus agitée de la Judée. Nous assistons à la lutte des passions et des intrigues qui ont précédé la débâcle du royaume de Juda et la grande invasion assyrienne. Le désordre moral règne partout, l'iniquité et le mensonge ont pris la place de la justice. Les justes tremblent et espèrent, encouragés par les prophètes. Les impies bravent tout et se livrent sans vergogne à leurs débauches.

Buvons, chantons, crie cette troupe impie. Qui sait si nous vivrons demain!

Zimri médite un grand coup. Amnon se rendait tous les soirs hors de la ville dans une cabane où habitaient sa sœur et sa mère. Zimri l'a surpris. Il y amène Tamar et Héman qui voient Amnon embrasser sa sœur. Tout est fini maintenant. Un coup terrible est porté à l'amour du frère et de la sœur qui ne connaissent pas les liens de parenté qui unissent Amnon et Penina. Repoussé par Tamar sans comprendre pourquoi, Amnon s'éloigne de Jérusalem le désespoir dans l'âme.

Tout n'est pourtant pas perdu. Maltraité par son propre fils et rongé par le remords, Achan fait à son fils l'aveu de ses fautes et lui révèle sa véritable origine. Furieux, Asrikam ne songe qu'à se débarrasser de son père. Il met le feu à sa maison. Cependant, avant de mourir, Achan peut faire des aveux devant la justice. Tout est dévoilé et tout va s'expliquer. Tamar, reconnaissant enfin son erreur, ne se console pas d'avoir éloigné Amnon.

Cependant les événements politiques suivent leur cours. Le brave roi Hésékias lutte contre le ministre Schebna, qui veut livrer la capitale aux Assyriens. La défaite miraculeuse de l'ennemi sous les portes de Jérusalem assure le triomphe de Hésékias. La paix et la justice sont rétablies.

Pendant ce temps Amnon, qui a été fait prisonnier et vendu dans une île ionienne, y découvre son père Joram. Tous deux, ils réussissent à s'évader et à rentrer à Jérusalem.

La joie de la ville sainte, délivrée de l'envahisseur, coïncide avec la joie de deux familles alliées dont tous les vœux sont comblés. L'amour de Tamar et d'Amnon, celui de Héman et de Penina triomphent.

Tel est le cadre de ce roman, qui rappelle les contes merveilleux du xviiie siècle. Au point de vue de l'intrigue romanesque, de l'étude des caractères et de l'enchaînement des événements, c'est une œuvre puérile. L'intérêt du livre ne gît pas dans l'invention de la fiction romanesque. Celle-ci, empruntée aux œuvres modernes, nuit plutôt au roman de Mapou, qui est, avant tout, une œuvre de poésie et de reconstitution historique. L'Amour de Sion est plus qu'un roman historique, plus qu'une fable créée par l'imagination d'un romancier; c'est l'ancienne Judée, la Judée des prophètes et des rois, ressuscitée dans les rêves d'un poète. La reconstitution de la société juive d'autrefois, la compréhension de la vie prophétique, la couleur locale, la majesté des descriptions de la nature, les images vives et frappantes, le style élevé et vigoureux, tout en un mot y respire tellement le génie de la Bible que, sans la fiction romanesque, on se croirait en présence d'une œuvre poétique de l'ancienne Judée retrouvée.

Esprit rêveur, primitif, ignorant les manifestations réelles et compliquées de la vie moderne, Mapou s'est si bien reporté aux temps des prophètes qu'il les a confondus avec les temps modernes. Il a commis l'anachronisme de vouloir transporter les idées d'humanisme du Maskil lithuanien à l'époque d'Isaïe. Mais, à force de vouloir se montrer moderne il est redevenu ancien. Il ne se doutait même pas que c'est le passé avec sa civilisation propre, ses mœurs et ses idées qu'il restituait.

Son but de réformateur n'en était pas moins atteint. Guidé par une intuition prophétique, Mapou a fait une œuvre de haute moralité et de civilisation. À toute une population plongée dans un ascétisme dégénéré ou dans un mysticisme hostile au présent, il révéla son passé glorieux, tel qu'il était et non tel que se le représentait leur cerveau, accablé par la misère et embrumé par l'ignorance. Il leur montra non pas la Judée des rabbins, des saints et des ascètes, mais le pays de la nature, de la joie de vivre, de la vie débordante, de la gaieté et de l'amour, le pays du Cantique des Cantiques et de Ruth. Il leur présenta Isaïe, non sous la figure d'un saint rabbin ou d'un annonciateur de rêves mystiques, mais un Isaïe poète, patriote, moraliste sublime, le prophète de la Judée libre, le prédicateur des biens terrestres, de la bonté, de la justice, justement opposé à la doctrine étroite et aux pratiques minutieuses et insensées proclamées par la bouche des prêtres, précurseurs des rabbins.