La flore du Djebel Berd ou Berda est moins riche, au moins dans la portion que nous en avons explorée, que ne pourraient le faire supposer sa situation méridionale et son altitude (environ 1100 mètres). Le temps nous a manqué pour en visiter tous les versants et pour en aborder la partie occidentale, séparée du reste du massif par une coupure profonde. Nous noterons cependant les espèces suivantes :

De retour au campement à midi, nous fixons la levée du camp à trois heures du soir ; mais au moment où nous nous apprêtons à replier la tente, un nouvel orage, aussi violent que celui de la veille, fond sur la montagne et nous oblige à retarder le départ de plus d’une heure. Dès que la pluie cesse et pendant que l’on procède au chargement, je fouille les alentours du campement et j’ai la chance de rencontrer et de tuer d’un coup de fusil un bel Echidna Mauritanica, grande Vipère des plus dangereuses, que la pluie avait sans doute mise en mouvement. C’est ce même reptile que l’on trouve assez abondamment au pied de la montagne de Zaghouan où il nous avait été donné en 1883. La classe des reptiles nous a encore fourni une Couleuvre extrêmement effilée, de couleur grise (Periops Algira). Notons aussi le Bufo pantherinus.

Le sommet donne les mêmes insectes que le Djebel Hattig, mais la base de la montagne est plus riche : de nombreuses Cigales, l’Ephippiger Oudrianus, beaucoup d’Ascalaphus, le Julodis cicatricosa, le Purpuricenus Desfontainei, un Drilus et un Sitaris non déterminés. Les Lépidoptères sont nombreux et intéressants ; beaucoup d’Anthocharis et de genres voisins, et un fort beau Papilio dont la chenille vit sur les Deverra.

On retrouve au Djebel Berd la plupart des étages géologiques des Aïeïcha et du Djebel Sened. L’Ostrea Mermeti y abonde dans les marnes feuilletées grises. Des gisements importants de gypse cristallisé alternent avec ces marnes sur les contreforts escarpés de la montagne, dont les couches supérieures, qui paraissent être tertiaires, sont inclinées vers le sud, c’est-à-dire dans le sens inverse de celles des autres massifs montagneux.

Après avoir essuyé plusieurs averses durant le trajet, nous sommes de retour au Bir Marabot à cinq heures et demie du soir. En dépit de la pluie, j’utilise les quelques heures de jour qui restent encore à explorer un mamelon surmonté d’un petit bordj, situé de l’autre côté du lit de l’oued. De nombreux silex taillés et des masses de débris entassés autour des rochers ne me permettent pas de douter qu’il n’ait existé sur ce point un autre établissement et un atelier préhistoriques des plus importants. La pluie et l’approche de la nuit me forcent à interrompre ma fructueuse récolte de silex taillés, mais je me promets bien d’y revenir, ce que je ne manque pas de faire le lendemain matin 30 mai. Mes recherches sont de nouveau couronnées de succès et je rentre avant midi, chargé d’instruments en silex, dont quelques-uns fort remarquables par la finesse des retouches.

VII

Du Bir Marabot à Gabès : Bir Zellouza, Oglet Mehamla, Gueraat El-Fedjedj, Oudref. — Séjour à Gabès.

Le 30 mai, à une heure du soir, nous reprenons définitivement la direction de Gabès, distant de trois étapes. La route que nous suivons, non sans faire plusieurs pointes à droite ou à gauche, traverse longitudinalement la vaste et fertile plaine de Cegui, limitée au nord par le massif des Aïeïcha, au sud par les chaînes de basses montagnes qui bordent le Chott El-Fedjedj dont elles nous interceptent la vue. La principale reconnaissance que nous faisons, sur la gauche, dans la direction des montagnes des Aïeïcha, est motivée par le désir d’examiner de près un arbre isolé que nous supposions avec raison être un Gommier (Acacia tortilis), arbre que nous n’avons plus rencontré depuis que nous avons quitté le Bled Tahla. L’existence dans la plaine de quelques individus épars de cette espèce nous fait supposer que la majeure partie des arbres que nous apercevons au pied des montagnes situées à notre gauche sont aussi des Gommiers. L’Acacia tortilis occupe donc une étendue de pays beaucoup plus considérable que je ne l’avais supposé en 1874, car nous avons maintenant la certitude qu’il croît non seulement dans la plaine du Tahla, mais encore tout autour du puissant massif de montagnes qui comprend les Djebels Madjoura, Bou-Hedma, Arbet, El-Aïeïcha et Beni-Amrham. S’il est beaucoup moins abondant au pourtour de ce massif que dans le Bled Tahla même, cela tient sans doute à ce que les terres y sont depuis longtemps beaucoup plus cultivées et que le pays étant plus habité à l’extérieur qu’à l’intérieur de ce massif, l’œuvre de déboisement s’est accomplie plus activement.

Durant le trajet de quelques kilomètres que nous faisons pour reconnaître les Gommiers, nous remarquons, épars dans les champs et les terres vagues, un assez grand nombre d’instruments en silex de plus grandes dimensions que ceux que nous avons rencontrés jusqu’ici, et nous capturons abondamment le magnifique Bupreste (Julodis cicatricosa) qui couvre en certains endroits les buissons de Retam (Retama Rætam) et de Jujubier (Zizyphus Lotus).