Un énorme hérisson est rendu par nous à la liberté faute de place.
En insectes, signalons : Brachytrupes megacephalus, le gros Grillon déjà trouvé à l’Oued Bateha et la vulgaire Taupe-Grillon (Gryllotalpus vulgaris). Rien de saillant comme Coléoptères : Cicindela Maura, C. Ægyptiaca, Cybister Africanus, etc. Comme à Tozzer, l’oued est peuplé d’une petite crevette (Palæmon varians).
La veille, avant d’arriver à l’oasis, nous avions fait aussi la capture du Blaps divergens, Coléoptère que nous n’avions pas encore rencontré.
Quittant Oudref, à deux heures du soir, pour faire la dernière étape avant Gabès, nous laissons à notre gauche un village et une seconde petite oasis. Nous passons près d’un petit lac dont les eaux limpides réjouissent la vue, et arrivons bientôt par une route des plus commodes au passage de l’Oued Rhan, celui-là même dont le cours serait utilisé par l’un des derniers tracés du canal Roudaire. Cet oued, auquel on peut difficilement donner le nom de cours d’eau, n’est, à proprement parler, qu’un ravin étroit et assez profond, occupé en différents endroits par des flaques d’une eau boueuse et fétide. Les berges, presque à pic des deux côtés, sont constituées par un terrain argileux fortement imprégné de sel. Du point assez élevé où nous nous trouvons, nous pouvons apercevoir, avec une certaine satisfaction, la mer que nous avons quittée depuis le 17 avril.
Les habitations se multiplient à mesure que nous approchons de Gabès ; le dernier village que nous rencontrons n’en est plus qu’à deux kilomètres environ, et bientôt nous pénétrons dans l’oasis, dont nous avons grand plaisir à trouver les beaux ombrages. Les Dattiers y sont généralement moins beaux et moins serrés que dans l’oasis de Gafsa et surtout dans celle de Tozzer ; mais nous remarquons qu’ils y sont l’objet d’une culture encore beaucoup plus soignée et qu’ils sont plantés en lignes régulières dans la plupart des jardins. On reconnaît à première vue que la culture des arbres fruitiers, des légumes et des céréales prime celle du Dattier dont les produits sont loin d’atteindre la valeur de ceux de Tozzer et des oasis d’El-Oudian. La Vigne y est aussi plus abondante et y donne de beaux raisins ; mais rien n’égale en développement les Abricotiers, dont les fruits savoureux et innombrables sont largement appréciés par nous, altérés que nous sommes par la chaleur et les eaux saumâtres que nous buvons depuis quelque temps. La route que nous suivons nous fait traverser dans toute sa largeur l’oasis de Djara, qui n’est, à vrai dire, qu’une succession de jardins séparés les uns des autres par des palissades en frondes de Palmiers entremêlées de plantes grimpantes et d’arbustes, et par de larges rigoles d’irrigation. Avant d’arriver à l’oued, nous côtoyons un ravin sauvage, de l’effet le plus pittoresque, aboutissant à un vieux pont de construction romaine. Là, nous jouissons du spectacle animé et ravissant d’une multitude de femmes vêtues d’étoffes aux couleurs voyantes et variées, dans l’eau jusqu’au-dessus du genou et caquetant bruyamment en lavant leur linge. Une nuée d’enfants des deux sexes, à peu près nus, se livrent à leurs ébats, les pieds dans l’eau limpide et tiède de ce rapide et important cours d’eau. La scène qui s’offre à nos regards, avec son encadrement de ruines et de beaux Palmiers, inspirerait une belle toile à un peintre coloriste ; aussi, malgré notre vif désir de nous installer dans un logis plus confortable que la tente sous laquelle nous vivons depuis deux mois, nous ne pouvons nous empêcher de jouir, pendant quelques instants, de ce spectacle plein d’originalité et d’attrait. L’oued une fois franchi, nous avons encore à traverser un vaste espace, presque entièrement occupé par des cimetières indigènes et coupé, en divers endroits, de profondes excavations ; puis une large voie nouvellement construite nous mène au faubourg de Coquinville, quartier européen en voie de construction, près duquel se trouvent les établissements militaires. C’est là que, par ordre supérieur, nous sommes installés dans un large baraquement inoccupé, où, si nous ne trouvons pas un confortable des plus complets, nous avons du moins un toit qui nous abrite et un vaste espace pour étaler, préparer et mettre en ordre les récoltes faites depuis Sfax pendant notre long voyage. Quant à notre escorte, dont nous allons bientôt avoir le regret de nous séparer, elle est logée sous nos deux tentes dans le campement dit des Isolés, c’est-à-dire réservé aux troupes de passage.
Nous voici arrivés au terme de notre excursion sur le continent. Partis de Sfax le 16 avril, nous sommes à Gabès le 3 juin, c’est-à-dire après quarante-huit jours d’existence sous la tente et au moins quarante de marche et d’explorations, ce qui représente une somme d’environ douze cents kilomètres parcourus. Quelques jours de repos nous sont indispensables après les fatigues incessantes que nous avons eu à subir dans les quinze derniers jours, depuis notre départ de Gafsa. Il nous faut, en outre, préparer notre voyage à Djerba et à Zarzis, et mettre en ordre nos récoltes pour les expédier à Sfax, dont nous avons fait notre centre d’opérations. Malgré ces occupations, Gabès et ses environs, quoique fort bien explorés par M. Kralik, au point de vue botanique, pendant le séjour qu’il y a fait en 1854, nous fourniront quelques bonnes trouvailles zoologiques et même botaniques. L’accueil si cordial qui nous est fait par le colonel de la Roque, commandant supérieur, qui s’intéresse vivement à notre mission et nous donne de précieux renseignements sur ce pays qu’il connaît à fond, la réception non moins aimable du général Allegro, gouverneur de la province de l’Arad, nous feront trouver trop courte notre halte à Gabès.
Durant ce séjour, nous faisons une excursion à Ras-el-Oued et nous sommes assez heureux pour récolter, abondamment et en parfait état de floraison, le Prosopis Stephaniana, intéressante Mimosée connue en Tunisie seulement sur ce point où M. Kralik n’avait pu en recueillir que des échantillons sans fleurs. Cet arbuste est confiné dans un ravin étroit, où il est malheureusement brouté par les chèvres et les moutons. Il y forme de petits buissons qui, sans la dent meurtrière des bestiaux, s’élèveraient sans doute à un mètre environ. Quelques rameaux portent encore des fruits de l’année précédente. Rentrés à Gabès, nous avons une preuve désobligeante du goût des animaux pour cette plante, car, durant la visite que nous faisons au colonel de la Roque, le cheval d’un spahi de notre escorte dévore à belles dents la botte d’échantillons que nous en avions suspendue à l’une de nos selles, ne nous en laissant que quelques-uns encore en état d’être préparés.
A Gabès, nous avons retrouvé la flore littorale de Sfax, plus quelques plantes désertiques des environs de Gafsa. La saison était déjà trop avancée pour que nous pussions faire de bonnes récoltes dans cette localité admirablement explorée par M. Kralik et visitée avant nous par notre collègue M. A. Letourneux ; nous ne citerons donc que peu de plantes, parmi lesquelles : Pistacia vera (cultivé), Hedysarum coronarium, Pulicaria Arabica var. longifolia, Atriplex parvifolia, Potamogeton pectinatus ; mais la plante la plus intéressante, sans contredit, de notre récolte à Gabès, a été le Prosopis (Lagonychium) Stephaniana, espèce orientale, d’Égypte, des provinces transcaucasiennes, de Syrie, de l’Asie Mineure, de Chypre, du Turkestan et de l’Afghanistan.
Nous retrouvons également à Gabès la faune de Gafsa, moins les espèces monticoles du Djebel Hattig.
Le Naja Haje y existe, ainsi que le Cerastes Ægyptius, dont un beau spécimen a été pris à dix heures du soir, à quelques mètres de la tente de nos hommes, c’est-à-dire en plein campement. Outre ces reptiles, nous avons capturé le Cœlopeltis insignitus et l’Acanthodactylus Boskianus.