—Rentrons chez...
Elle acheva confiante:
... Chez nous.
Elle se penchait, sans pudeur, sur les pianos d'hôtel, en faisant sortir bruyamment la valse de Faust (manivelle invisible, singe, orgue de barbarie) valse de Faust avec la basse de quelqu'autre air. Me sentir honteux d'elle, avec toutes les oreilles d'autrui, exagérant par la mienne leur sensibilité.
Elle est écrasante, rien ne manque à son amour, elle s'avoue heureuse ...
Je la déteste de ce mot, pensant à l'autre. Je suis sans cesse hanté et inquiet.—Si elle était venue pendant mon absence, qu'on n'ait pu me prévenir à temps ... si je l'avais manquée ... si elle croyait que je la trompe!...—La tromper? Je n'ai jamais été aussi conscient d'être à elle, de ne pouvoir être qu'à elle.
Ah! les insistants cheveux trop rouges de celle-ci, ses yeux admirables que je n'aime pas, et tout ce corps donné et qui me reste étranger ... Je la prends sans caresses et sans paroles (comme un Anglais prend une fille) avec une telle violence ... pour ne pas la goûter, pour ne pas la sentir, désespéré que ce ne soit qu'elle et que je reste moi.
... Ah! par quels goujats,—à part moi,-a-t-elle donc été aimée!
Quelquefois elle est triste, parce qu'elle dit que je ne l'aime pas comme elle croyait que je l'aimais. Et je la berce et la console, fêlé d'amour pour l'autre,—mais de chaque douce parole qu'elle m'arrache, mon silence la déteste.
Si je pouvais la tenir près de moi comme un petit animal blanc et roux! Mais je sens trop que c'est une femme qui me pense, une femme belle pour quelqu'autre homme,—quelle stupidité de la tenir loin de lui!