Nous partons ensemble vers des abris passagers. Nous allons à la rencontre de la belle saison, et je suis de nouveau emporté dans le tourbillon du couple que nous formons, sans jamais pouvoir rien lui dire d'elle dans ma solitude. Je ne vois qu'à travers elle les villes où nous séjournons. Il paraît que nous avons été à Palerme, à Florence. Délires dont on ne se rappelle, au réveil, que quelques détails curieux ou insignifiants. Dans quel jardin était-ce, ces murs où poussait du romarin, ce jardin négligé et charmant qui laissait fleurir pour nous ces tulipes et ces anémones entre les salades?
Ces musiciens errants, que nous trouvâmes, sur quelle route? et ramenâmes, à quelle demeuré? Ces voiliers, sur quelle mer?
Quelle était, au soir, cette île lumineuse que nous regardions d'une montagne, et qui semblait avoir attiré tous les astres du ciel? Naples? Montmartre?
Dans quel pays, ces courses interminables entre des oliviers, leurs feuilles aux tons doubles comme ses yeux?
... Et avec, au retour, dans la bouche, une plume de l'oiseau merveilleux, et dans le cerveau, le stimulant bref que donne la joie égoïstement partagée.
Vos intermittences et mes continuités finiront peut-être par s'exaspérer au point où vous ne pourrez plus me voir et où, moi, je ne pourrai plus cesser de vous voir.
Je la contemple à sa toilette, cherchant ses affaires, se coiffant avec humeur et difficulté. Hélas! que ses moments avec moi soient des moments sans femmes de chambre!
On ne résiste pas longtemps à préférer le confort au bonheur.
Chez nous les pommiers et les cerisiers en fleurs sont plus prodigues et plus beaux qu'au Japon—car personne ne les acclame et personne ne les voit.
D'être libre et seul je l'aime plus qu'elle ne peut m'aimer de ne pouvoir que me préférer.