Nous comprenons à présent la saine rudesse d'un Gargantua, la frivole insouciance des délicates victimes de la Conciergerie,—aussi ces bourgeoises bouffies et bavardes devenues des mater dolorosa.
Ces gens abrutis devant leur douleur—à laquelle ils n'avaient jamais pensé, insensibilisés à force d'étonnement.
Le choc est un anesthésiant naturel.
Le rire seul échappe à notre surveillance.
Je sais mieux par leurs rires que par leurs confessions ou leurs pleurs, combien et comment ils sont atteints.
Leurs rires, comme une vibration de fils conducteurs, nous mènent au centre des sinistres.
Ce cœur des armées, le tambour démodé, son battement emprisonné comme dans de la chair du cœur.
Nous recevons la vie, généralement couchés, mais la mort, dont nous avons solennisé le personnage, mérite qu'on la reçoive debout.
Je ne crois pas au manque de perspicacité des Français, mais plutôt à leur incapacité de s'ennuyer. Et penser à la guerre, et se préparer à la guerre, c'est s'ennuyer, ennuyer tout le monde, c'est s'encaserner. Mille fois mieux vaut-il mourir—et vaincre également sans y penser!
Trop de réflexion gâte le plaisir, trop de réflexion gâte aussi la guerre—les Allemands l'ont bien prouvé.