«Vous qui me jugez, vous n'êtes rien pour moi.
J'ai trop contemplé les ombres infinies;
Je n'ai point l'orgueil de vos fleurs, ni l'effroi
De vos calomnies.
«Vous ne saurez point ternir la piété
De ma passion pour la beauté des femmes,
Changeantes ainsi que les couchants d'été,
Les flots et les flammes.
«Rien ne souillera les fronts éblouissants
Que frôlent mes chants brisés et mon haleine.
Comme une Statue au milieu des passants,
J'ai l'âme sereine.»

dit Renée Vivien

dans «Le Dédain de Psappha»

Et dans: «A l'Heure des Mains Jointes»:

«... Vois: j'ai l'âge où la vierge abandonne sa main
A l'homme que sa faiblesse cherche et redoute,
Et je n'ai point choisi de compagnon de route,
Parce que tu parus au tournant du chemin...
«On m'a montrée au doigt en un geste irrité,
Parce que mon regard cherchait ton regard tendre.
En nous voyant passer, nul n'a voulu comprendre
Que je t'avais choisie avec simplicité.
«Considère la loi vile que je transgresse
Et juge mon amour, qui ne sait point le mal,
Aussi candide, aussi nécessaire et fatal
Que le désir qui joint l'amant à la maîtresse...
«Laissons-les ausouci de leur morale impure...
«Nous irons voir le clair d'étoiles sur les monts...
Que nous importe a nous le jugement des hommes?
Et qu avons-nous à redouter, puisque nous sommes
Pures devant la vie et que nous nous aimons?...
«En débarquant à Mytilène»,
«Reçois dans tes vergers un couple féminin...
«Ile mélodieuse et propice aux caresses...
Parmi l'asiatique odeur du lourd jasmin,
Tu n'a point oublié Psappha ni ses maîtresses...
Ile mélodieuse et propice aux caresses.
Reçois dans tes vergers un couple féminin...»
«Mes mains gardent l'odeur des belles chevelures.
Que l'on m'enterre avec mes souvenirs, ainsi
Qu'on enterrait avec les reines leurs parures..
J'emporterai là-bas ma joie et mon souci...

(Renée Vivien: «A l'Heure des Mains Jointes».)

Lord Alfred Douglas dit au «Poète Mort» (Oscar Wilde):

Cette nuit, j'ai rêvé de lui, j'ai vu sa face
Rassérénée enfin, sans ombre ni tourment,
Musique de jadis qui chante éperduement
J'entendis sa voix d'or, et son verbe qui trace
Sous les vulgarités, l'insoupçonnable grâce.
Cette voix fait du vide un émerveillement,
Revêt tout de beauté comme d'un vêtement,
Et le monde n'est plus. La fable le remplace.
Plus tard il me sembla qu'au dehors d'une grille
Je regrettais les mots perdus, à peine nés,
Mystère à moitié dit, et que l'heure éparpille.
Ces contes, oubliés, qu'il contait sans effort
Tels des oiseaux chanteurs, étaient assassinés,
Ainsi je m'éveillais sachant qu'il était mort.

(Trad. N. C. B. dans «Le double Bouquet»).

Whitman dit encore dans «Calamus»: «Je suis celui qui brûle d'amour.»