Nous avons peut-être un corps astral, mais certains de nous ont certainement un corps cérébral et nerveux plus qu'un corps physique, et auquel le corps physique répond comme Caliban à Ariel.
Perdre sa santé, sa domination morale c'est perdre la vie, car que vaut la vie physique avec le cerveau invalide qui ne signe plus ses actes?
Ces orgiaques du sentiment finissent par être mangés par la vermine de leur tristesse, aucun contentement ne peut leur parvenir. Leurs inquiétudes montent la garde; aucun laisser-passer, aucun laisser-aller à la joie. Ils sont dépossédés d'eux-mêmes et des autres, sauf par les tourments qu'on leur cause. Le manque de mise au point de leur sensibilité, instrument désaccordé, ne donne que de douloureuses ou insatisfaisantes répercussions.
Les neurasthéniques, ces fous conscients.
J'ai vu des êtres ne céder la vie que devant l'apparition de leur squelette, d'autres courtiser leur squelette en l'invitant chaque jour à prendre la place de leur chair.
Quand le mal la fixait au lit, enfin tranquille et sans responsabilité, elle disait au médecin qui venait la soigner: Je n'ai plus la force des poisons ni des remèdes. Laissez-moi, je me remettrai toute seule quand je ne serai plus fatiguée (de lutter pour l'un contre l'autre). J'attendais ce moment pour pouvoir un peu me reposer.
Être malade, c'est faire la planche.
Non seulement les amoureux sont «love-sick», mais aussi certains malades aiment leurs maladies.
Il y a des amoureux de l'amour d'autrui, des amoureux d'autrui, d'eux-mêmes, contre autrui, contre eux-mêmes. Les plus zélés sont peut-être ces derniers, que ne feraient-ils pour leur anéantissement? Ils y mettent de l'amour,—tout leur amour.
Si c'est à autrui que nous devons parfois un mauvais état de santé, nous nous devons du moins à nous-mêmes de nous améliorer dans le sens qui nous convient. Nous sommes responsables de nous-mêmes, nous nous vivons. Nous pouvons, soit échapper à la vie par le suicide, ou nous guérir, ou nous adonner à l'inertie, choix que fait plus souvent le malade. Je suppose donc qu'une maladie qui occupe une assez grande partie de nous se fait accepter en hôte, de passage d'abord; il se décide à rester, à la condition que nous lui abandonnions une partie de l'édifice, à laquelle il ne peut se limiter, et il nous faudrait soit le chasser, soit l'accepter en totalité. Il s'est attaché à nous, et voici que nous nous y attachons, et parfois même au point de nous y consacrer entièrement, d'en faire notre passion, de devenir sa proie attentive et dévouée, décidés à rester ou à partir ensemble. Ce sont des fidélités jusqu'au tombeau, ce sont des amoureux jusqu'à la mort.