On s'était couché après cela, tout agités.
Sur les paillasses, à terre, les enfants s'endormirent vite. Moi, je ne pouvais.
Les parents, dans l'alcôve, causèrent. Mon père proposa à ma mère d'abandonner tous les enfants, disant que la Ville prendrait certainement soin d'eux et qu'ils auraient moins souvent faim et froid que maintenant ; que lui était à bout de forces, qu'il n'avait que trente-huit ans, qu'elle sans doute n'aurait plus d'enfants, et qu'ils pourraient se refaire une vie à deux. Ma mère répondit :
— Non, non, abandonner les enfants, jamais!
J'entendais tout cela de mon lit. Je fus prise d'une folle terreur. Je voulais éveiller mes frères et sœurs pour les prévenir, ou aller supplier mes parents de ne pas nous quitter, mais je n'osais, de crainte des coups. Je rampai sur le ventre jusqu'à la porte, et me couchai en travers afin de les empêcher de partir.
Mes parents, ayant perçu quelque bruit, se turent. Ma mère dit :
— C'est Keetje ; elle aura entendu : après des scènes comme ce soir, elle ne dort jamais.
— Mais non, fit mon père, ce sont les rats.
Puis il appela :
— Keetje, Keetje!