Pendant tout un temps, Dirk bégaya péniblement.

SI NOUS ÉTIONS RICHES

Les soirs d'hiver, quand nous n'avions ni feu ni lumière, le ventre vide, nous nous couchions pour avoir plus chaud, et causions de ce que nous aurions fait si nous avions été riches.

Un soir, transportés par la griserie, mes parents se disputèrent presque.

Mon père, ancien cavalier à l'armée, aurait eu des pur sang et m'aurait appris à monter à cheval : j'avais le corps qu'il fallait, disait-il, pour porter l'amazone, car jamais une grosse femme n'est bien à cheval.

Mina souhaitait une robe de satin vert, et des bottines qui lui monteraient aux mollets.

Moi, je voulais une armoire en verre remplie de poupées, habillées de soie et coiffées de perles ; puis une très grande poupée, qui eût été la reine des autres. Elle serait vêtue d'une robe faite d'ailes de papillons, que j'aurais assemblées par un point de dentelle.

— Tudieu! s'exclama mon père.

— Cette créature enfantine, dit ma mère, est toujours là avec ses poupées!

— Moi, fit-elle, je porterai des bonnets en chenille, qui feront enrager toute l'impasse.