Le docteur alors me dénuda, m'ausculta, me traça des ronds sur le corps.

Et, tous les jours, il recommençait.

Quand j'étais levée, il me déshabillait debout, faisait maintenir ma chemise par les élèves, et ainsi me maniait et remaniait à volonté.

Les élèves, la sœur, et moi, ne fûmes pas longtemps dupes de ce manège.

Il régnait alors, à la Maternité, une infection qui mettait en danger les nouvelles accouchées. On fut obligé d'en placer un peu dans toutes les salles : dans ma salle, elles étaient au moins quatre. Plusieurs avaient eu de mauvaises couches et se lamentaient nuit et jour.

La nuit du mardi gras, deux accouchées, qu'on venait d'apporter et qui criaient sans répit, m'empêchèrent de dormir. Cependant la musique du carnaval, à la rue, me donnait une folle envie de danser. Je me mis sur mon séant. La grande salle de 28 lits était éclairée, au milieu, par un seul bec de gaz assourdi. La bonne chaleur du poêle, les rideaux blancs, de jeunes visages sur des oreillers voisins, me faisaient déjà me sentir chez moi.

J'écoutais la joie du dehors avec des frémissements de désir d'en être ; j'appelai doucement ma voisine, toute jeune comme moi.

— Toinette! Toinette! écoute : on chante, et la musique joue une valse.

— Une valse? une valse? bredouilla-t-elle.

Elle s'assit sur son lit.