Fanne, fanne, fan, fan.
Si c’était F… Oui, c’est Keetje, moi ta propre Keetje… Sine, sine, Fanne, sine, si, si…
— Kééééé ! Kééééé… Vite, sotte fille, va chez le boucher, chercher la viande hachée : l’imbécile ne l’apporte pas. Rapporte aussi un œuf de chez l’épicier, c’est pour mettre avec la viande ; je ferai déjà tremper le pain. Allons, cours… J’ai vu Willem du boulanger, que de bêtises il raconte ! Vite, voilà l’argent. Ah Dieu, midi moins vingt !
Je gardais le magasin pendant qu’à l’atelier on prenait le café. Entra une femme en caraco et bonnet. Elle tenait à la main une fillette d’une dizaine d’années.
— Où est la dame ? me dit-elle, je veux commander un très beau chapeau pour ma petite-fille.
J’appelai la patronne. La femme était une marchande de poisson, qui vendait tous les jours des anguilles au Marché au poisson de rivière du Nes. Elle habitait la ruelle sur laquelle donnait notre cuisine. Quand nous levions la tête, nous voyions chez elle, et, quand eux baissaient les yeux, ils voyaient chez nous. Sa fille se chamaillait continuellement avec elle à propos de la petite :
— Vous l’habillez comme une princesse, clamait-elle, tandis que moi, votre chair et votre sang, vous me laissez manquer du nécessaire.
— A-t-on jamais vu ? répliquait la grand’mère. C’est sa propre enfant, et elle est jalouse de ce que je l’habille. Tu n’avais qu’à ne pas te la laisser faire : alors tu aurais eu tout.
Et, chaque jour, c’étaient de continuelles attrapades entre les deux femmes à propos de l’enfant.
Corry et moi en faisions des gorges chaudes.