NEEL DOFF
KEETJE
PARIS
Société d’Éditions Littéraires et Artistiques
LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF
50, CHAUSSÉE D’ANTIN, 50
Tous droits réservés
Ce livre fait suite à
JOURS DE FAMINE ET DE DÉTRESSE
— Keetje, mon Dieu, les petits n’ont pu aller à l’école depuis deux jours : comment voudrais-tu… sans manger ?
— Hein, faisais-je.
Et je me levais de mon vieux canapé, et prenais au portemanteau tout un attirail de prostituée, qu’une fille morte de tuberculose avait laissé chez nous. Je mettais les bottines à talons démesurés, la robe à trois volants et à traîne, un trait de noir sous les yeux, deux plaques rouges sur les joues et du rouge gras sur les lèvres. Je levais tous mes cheveux sur le sommet de la tête pour me donner l’air plus âgée, car dans les maisons de rendez-vous les patronnes, par crainte de la police, me chassaient quand elles voyaient ma frimousse de seize ans. Un chapeau, un châle, je n’en avais pas.
En m’attifant, j’épiais ma mère… Va-t-elle venir avec moi ? Je ne vais pas seule ; non, pour rien au monde…
Au moment de sortir, je la regardais. Alors seulement elle mettait hâtivement son bonnet et son châle.