— Et vous voulez me faire croire que vous ne savez pas combien il vous donne ! Laissez-moi voir ce testament, je vous dirai s’il est valable.
— André m’a dit qu’il est chez un notaire.
— Alors c’est sérieusement fait… et chez quel notaire ?
— Je ne sais pas.
Cela dura quatre ans, avec la gangrène pendant les derniers six mois. Le médecin me disait que nulle part les plaies n’étaient aussi bien soignées et bandées.
Son père mourut entre temps. Sa mère ne vint plus pendant les derniers six mois.
Quand j’eus enseveli André, je commandai les funérailles et je fus seule avec Naatje à l’enterrer. Je n’avais pas cru nécessaire de prévenir qui que ce fût. Pendant quatre années personne ne s’était informé de lui : la pudeur m’interdisait de les déranger.
Maintenant je ne savais plus… Avais-je du chagrin ?… il y avait si longtemps qu’il était mort… J’étais abrutie… Je n’avais plus de mémoire… Je ne dormais plus… Je vomissais tout le temps… J’étais surtout insensible… Mon avocat arrangea mes affaires. Le médecin m’envoya en Suisse.
Je n’ai plus revu la mère d’André.
Les quatre mois où je fus en Suisse, je les passai presque tout le temps au lit. Le peu que je pus voir du pays m’horripilait : toujours une montagne devant soi… Pendant le voyage de retour, une fois en Belgique, je ne détournai pas la tête de la portière : je ne pouvais assez me rassasier de nos petites maisons blanches aux toits rouges, de nos flèches d’église, de nos champs découpés comme des gâteaux, de nos prairies, des bois, des grands horizons, de la qualité savoureuse de la verdure et de la lumière argentée et enveloppante… Ah ! non, je suis du Nord : il ne m’en faut pas, ni de la Suisse, ni du Midi, je n’y respire littéralement pas à l’aise.