Les dimanches que Hein passait à la campagne le rendaient radieux. Il rentrait vers huit heures, tout rose, embaumant la chambre d’une bonne odeur de verdure. Il ne sortait plus. Souvent il songeait tout le reste de la soirée : il souriait et remuait les lèvres. Visiblement, il dialoguait en faisant les questions, et il entendait certes les réponses.

D’autres fois, il prenait un cahier tout maculé et dessinait des voitures, des charrettes, des brancards, des avant-trains.

Un soir que nous étions seuls, je m’approchai de lui pour voir son dessin.

— Tu as fait des progrès, Hein, mais aussi tu travailles beaucoup.

— Si je veux bien savoir mon métier, je dois bien le comprendre, et une bonne voiture est très difficile à faire. Il me faut donc connaître la mécanique de tout cela. Je ne veux pas être une croûte, et, si je me marie, je dois pouvoir gagner la vie des miens.

— Je crois que tu deviens fou : tu as seize ans.

— Oui, c’est pour plus tard, riait-il ; mais c’est maintenant que je dois apprendre pour plus tard. Crois-tu que je voudrais élever mes enfants dans la famine, comme nous l’avons été ?

— Ce n’est pas parce que père ne savait pas bien travailler que nous avons eu faim, mais parce que nous sommes trop nombreux : neuf enfants, c’est ridicule !

— Mais comment faire quand on a une femme qu’on aime ?