— Ah ! c’est beau… je ne savais pas.
Tout cet été, Hein vécut son bonheur sur la terre.
Je m’étais rapprochée de plus en plus de lui : nos dimanches soir étaient exquis ; moi, je lisais, et lui dessinait. Il avait de longues mains fines, au bout de poignets très minces, mais ces délicates mains étaient si habiles et si solides qu’elles me semblaient un outil admirable…
Vers l’automne, il devint triste.
— Voyons, lui dis-je un soir, parle-moi.
— Elle tousse beaucoup plus, pleurait-il, et le temps devient trop mauvais pour la campagne.
En hiver, on dut la transporter à l’hôpital. Hein y allait tous les dimanches et revenait malade pour toute la journée. Elle mourut au printemps. Après l’enterrement, il s’enferma dans la petite chambre où était mon vieux canapé : on l’entendait gémir comme une petite fille.
Je me sentais à bout et craignais de devoir retourner à l’hôpital : les conditions dans lesquelles je travaillais m’épuisaient. Je me levais à sept heures et m’habillais : mais ma mère n’avait pas encore préparé le café, le poêle fumait, l’eau ne voulait pas bouillir, ou Kees n’était pas encore revenu avec le pain… bref, la moitié du temps, je filais à jeun.