Il faut que je me confesse à toi, profond scrutateur des consciences: car je rougirais du moindre scrupule, devant ta redoutable ironie.

J'ai découvert, sous les décombres d'un vieux sanctuaire de la Vérité, le manuscrit d'un poëte nommé Mimopeste, c'est-à-dire, fatal aux mimes. Je publie son travail comme étant le mien. Son poëme, dont je m'attribue l'honneur, est intitulé Panhypocrisiade; ce qui, conformément au caractère satirique de son auteur, et à l'étymologie grecque, signifie POEME SUR TOUTE HYPOCRISIE.

Il paraît que l'auteur avait ajouté dans son esprit à cette ancienne maxime de l'ecclésiaste, vanité des vanités! tout est vanité! un axiôme non moins général sur notre pauvre terre; hypocrisie des hypocrisies, tout est hypocrisie.

Il a vu les humains tels qu'ils sont: il les a peints tels qu'il les a vus. S'en fâcheront-ils? non: parce qu'il n'a pas, comme tu l'as fait si courageusement, marqué d'un sceau réprobateur le front de ses ennemis personnels; parce qu'il n'a pas, en égalant ton audace, pris la liberté de mettre dans son enfer des princes, des cardinaux et des papes vivants; mais qu'au lieu d'y jeter ses contemporains, il n'y a placé que les morts du seizième âge; et qu'il n'y a point représenté les hommes qui existent encore. Ceux-ci respirent la franchise; ils sont la sincérité même, grâce à notre perfectibilité prouvée, et à nos lumières progressives qui leur ont démontré combien il est superflu de mentir et de porter des masques!

J'avais dérobé avec tant de plaisir, au poëte que je vole encore, l'idée d'une théogonie nouvelle, dont je fis agir les divinités qui figurèrent les phénomènes de la nature dévoilée par nos sciences dans mon Atlantiade, que je n'ai pu résister à l'envie de commettre ce nouveau larcin. Tu trouveras ici quelques-uns des mêmes dieux qu'il a créés, d'après son systême newtonien. Il les introduit dans cet autre ouvrage hardi qu'il a qualifié du titre de comédie épique.

Si j'eusse voulu l'accompagner de commentaires et de scholies, il m'eût fallu composer un gros in-folio de bénédictin, sur tout ce qu'il renferme de relatif à la fable et à l'histoire politique, ecclésiastique et militaire, sur toutes les curiosités qu'il a extraites des mémoires. Mais il vaut mieux que j'imite adroitement certain auteur d'une défense des Jésuites, qui en publia la première édition sans notes, afin, dit-il plaisamment, que les rats de la critique qui le voudront éplucher et ronger, viennent se prendre dans la souricière de leur ignorance.

Ta mâle philosophie saura saisir le plan moral qu'a suivi le poëte. Ton siècle t'inspira l'image des tourments de l'Enfer: le sien lui a inspiré la peinture de ses joyeux divertissements.

Il aurait eu matière à peindre aussi largement le nôtre, qui lui eût fourni des scènes non moins terribles que ridicules, et dont voici le principal sujet, résumé dans quelques vers épigrammatiques.

Notre beau siècle, en France, ayant planté

Chêne civique, arbre de liberté,