Sire dans peu de temps vous le verrez paroistre,
Cependant de sa part je vous rends cette lettre
Qui vous confirmera ce que je vous ay dit,

LE ROY.

En ce ravissement je demeure interdit,
Et mon ame des-ja brusle d'impatience
Apres ce cher object dont j'attens la presence
Va, dy luy que je meurs du desir de le voir,
Dom Diegue qu'on donne ordre à le bien recevoir.

ACTE II.

SCENE PREMIERE.

LE ROY, L'INFANTE, CHYMENE.
LE ROY.

He bien Chymene: enfin ce coeur inexorable
Ne se resoult-il point de m'estre favorable,
Apres tant de rigueurs & de mespris souffers
Un Roy doit-il mourir accablé de ses fers,
Oüy vostre ingratitude en ce poinct est extréme
Que vous me haïssez parce que je vous aime
Mais Chymene advoüez que vous avez grand tort
Si Dom Sanche m'a faict un fidele rapport,
Et si lors qu'il alla vous offrir mes hommages
Pour sa commission il reçeut des outrages,
Quelque superbe espoir qui flatte vostre orgueil
Vous me devez Chymene un plus courtois accueil,
Outre ma qualité la seule bien-seance
Doit porter vostre esprit à cette defference,
Et si l'on vous déplaist quand on vous faict la cour
Le respect doit au moins suppléer à l'amour.

CHYMENE.

Sire, je ne sçay pas ce qui faict vostre plainte
Ny de quelles couleurs Dom Sanche m'a dépeinte
Mais quelque opinion qu'il vous ait fait avoir
Jamais la vanité n'a trahy mon devoir
Et lors que je renonce au rang de souveraine
Je suis respectueuse & non pas inhumaine,
Il est vray que Dom Sanche a droict d'estre irrité
Et que j'ay vivement contre luy esclatté:
Mais, Sire, ses discours ont causé ma colere
Ozant me reprocher le meurtre de mon pere,
Et si mal à propos venant m'entretenir
D'un coup qui seigne encor dedans mon souvenir,