CHERIFFE continuë.
Hé! bien traistre entends-tu le sens de ces paroles?
Ces termes rendent-ils tes promesse frivolles?
Ne suis-je pas Cheriffe? & n'es-tu pas vainqueur?
Ne t'ay-je pas ouvert & Cordoue & mon coeur
Toutefois desloyal tu me veux mescognoistre
Et m'oster un espoir que ta main a faict naistre?
Est-ce là ce destin si charmant & si doux
Que tu me preparois?
LE CID.
Dequoy vous plaignez-vous?
Est-il quelque insolent qui vous ayt faict outrage,
N'estes vous pas, Madame, à couvert de l'orage,
Que ce frere inhumain vous avoit preparé:
Outre ce traitement qu'aviez-vous esperé,
Pensiez-vous que je deusse estre vostre conqueste?
Cheriffe il n'est plus temps, un autre object m'arreste
Et mes fers sont si beaux que sans aveuglement
Je ne sçaurois changer un object si charmant.
CHERIFFE.
Hé! bien ne changes point, mais finis ma misere,
Efface avec mon sang ce traistre caractere,
Et comme de ton crime il est desja noircy
Pour me punir du mien fay-le rougir aussi
Barbare qu'attens-tu? rends ta hayne assouvie,
Adjoute à mes malheurs la perte de ma vie,
Et pour mieux contenter l'excez de ta rigueur
Arrache de mon sein, & ma flame & mon coeur.
CELIMANT.
Ah! que je suis content! & que cette vangeance
Faict gouster à mes sens une douce allegeance,
Que mes yeux sont ravis de te voir en ce point,
Où ton plus grand espoir est de n'en avoir point
Triomphe maintenant perfide, fay la brave
Pour n'avoir point de fers tu n'es pas moins esclave.
CHERIFFE.
Quoy! barbare.