LE CID.

Quoy, Sire, est-il quelqu'un qui se soit revolté
Contre les justes loix de vostre Majesté?
Est-il quelque mutin dont la vaine insolence
Ose encor s'eslever contre vostre puissance?
Nommez le moy, Seigneur, que je l'oste du jour.

LE ROY.

Rodrigue on ne le peut.

LE CID.

Hé! pourquoy?

LE ROY.

C'est l'amour.
Ouy, ce petit Tyran du Ciel & de la terre,
Est le fier ennemy qui me livre la guerre,
Et sans avoir esgard au vain tiltre de Roy,
Desja comme vainqueur il triomphe chez moy:
Je suis son prisonnier, mon coeur est sa conqueste,
Et mon esprit vaincu consent à ma deffaite,
Si bien que je me vois sur le point de perir,
Si Rodrigue aujourd'huy ne me veut secourir.

LE CID.

Si vostre allegement depend de mon service,
Sire, attendez de moy cet agreable office,
Dites-moy seulement ce que vous desirez.