LE CID.
Que vostre Majesté dispose de ma vie.
LE ROY.
Ce n'est pas mon dessein qu'elle te soit ravie,
Et je ne voudrois pas qu'on me pust reprocher
D'avoir acquis un bien qui me coustast si cher.
LE CID.
Que puis-je donc pour vous?
LE ROY.
Tu peux finir ma peine,
Si tu veux renoncer à l'amour de Chimene,
J'adore ses appas, & quoy que sa rigueur,
Luy fasse mépriser les offres de mon coeur,
Je croy que le seul poinct maintenant qui l'arreste
Est l'espoir glorieux que tu sois sa conqueste.
LE CID.
Ah! Sire, asseurez-vous, si vostre Majesté
Daigne jetter les yeux dessus cette beauté,
Que je ne serai pas à ce poinct temeraire,
Que d'esperer un bien que j'aurai creu vous plaire,
Qu'en cette occasion je ne sois pas suspect,
Si j'ay beaucoup d'amour, j'ay bien plus de respect,
Et quelque passion qui m'attache à Chimene,
Je sçai que je dois plus à mon Roy qu'à ma Reine.