Grand Prince mon devoir me ferme icy la bouche,
C'est assez desormais que vous sçachiez de moy,
Estant vostre sujet, que vous estes mon Roy.

LE ROY.

Oüy, mais pour estre Roy je ne veux pas contraindre
Un subjet à souffrir pour avoir voulu feindre.

LE CID.

Ah, Sire, rejettez ces tristes sentimens,
Qui retardent le cours de vos contentemens,
Quand il s'agist du bien d'un Monarque adorable,
La mort d'un mal-heureux n'est pas considerable,
Ce sera pour mon bras un honorable employ,
De punir un subjet importun à son Roy.

LE ROY.

Apres tant de respects & tant de bons offices,
Il faut, Rodrigue, il faut mieux payer tes services,
Ton extréme vertu m'impose cette loy,
Ta generosité sert d'exemple à ton Roy.
Ouy, trop parfait Amant je te rens ta Chymene,
Mon amour est fini, finis aussi ta peine.
Consentez-y, Madame, & rendez vostre coeur
A la fidelité de ce noble vainqueur;
Quoi que vous aiez creu de ce noble courage,
Tousjours malgré mes voeux il vous a fait hommage:
Il vous aime tousjours, & vous avez pû voir
Comme enfin son amour triomphe du devoir.
Ne differez donc plus, recevez-le, Madame,
Et cedez aux ardeurs d'une si belle flâme,
Dont vous bruslez le coeur du plus grand des guerriers,
Adjoutez aujourd'hui le myrthe à ses lauriers,
Et confirmant la foy que vous avez donnee,
Consentez aux effets d'un heureux Hymenee.

CHYMENE.

A quoi me resoudrai-je?

LE CID.