ANTHENOR.

Mais quelle Histoire enfin peut servir de sujet
Et propre & convenable à ce rare projet?

ARISTIDE.

Celle d'Ardaleon, ou celle de Porphire,
Qui tous deux bien aymez des maistres de l'Empire,
Furent par les Chrestiens tellement abusez
Qu'ils suivirent des voeux qu'ils avoient mesprisez,
Et par une folie à nulle autre seconde
Se rendirent l'opprobre & la fable du monde.

LUCIANE.

Tous deux ont exercé nostre profession.

PAMPHILIE.

Et le baptesme fut la premiere action
Qui flattant de ces fous la ridicule envie
Leur fit perdre à tous deux & les biens & la vie.

GENEST.

Des principes pareils ont souvent chez les grands
Produit à leurs autheurs des succez differents,
Nous pouvons profiter icy de leur exemple,
Et les suivre au Theatre, & non pas dans le Temple
Où leur aveuglement leur fit trouver dans l'eau,
Le funeste poison qui les mit au tombeau.
Mais sans chercher si loing le secours d'une Histoire
Qui nous pourroit charger l'esprit & la memoire:
Nous pouvons rencontrer dans nostre propre sort,
De quoy plaire à Cesar qui nous prisera fort
Si par un trait adroit & de haute industrie,
Il sçait que nous aurons quitté nostre Patrie,
Nos parens & nos biens pour venir en ces lieux,
Loing de ses ennemis rendre hommage à ses dieux.
Voicy donc quel sera l'ordre de ce mystere,
Il faudra qu'Anthenor represente mon Pere:
Et que par un flatteur, quoy que faux entretien,
Il feigne qu'il me veut aussi rendre Chrestien.
Ma soeur qui me portoit à cette loy prophane
Avoit, vous le sçavez, de l'air de Luciane,
Qui sçaura je m'asseure en cette occasion,
Imiter son humeur & son affection.
Aristide d'ailleurs pour vaincre sa folie,
Se dira parmy nous frere de Pamphilie,
Et me conjurera par l'esclat de ses yeux,
De ne la point trahir, aussi bien que nos Dieux.
Voila sur ce sujet tout ce qui vous regarde,
Le reste. Mais que veut Aquillin, & ce Garde?