GENEST.
Il faut adroitement conduire ceste affaire.
ARISTIDE.
Laissez m'en le soucy, je verray vostre Pere,
Et je sçauray si bien mesnager ses esprits,
Qu'aveuglé de l'appas du dessein entrepris,
Il ne pourra jamais à travers mon adresse,
Se douter seulement du piege qu'on luy dresse;
Cependant finissant de si longs entretiens
Allez tous deux m'attendre au Temple des Chrestiens.
Fin du second Acte.
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Diocletian. Aquillin. Rutile.
DIOCLETIAN.
Rutile, je l'advoue, ils sont incomparables,
Et tous en leurs projets me semblent admirables;
Que l'accord de leurs voix, & de leurs actions,
Exprime adroittement toutes leurs passions!
Qu'ils se sçavent bien plaindre, ou feindre une colere!
Que l'amour en leur bouche est capable de plaire!
Et que leur industrie a de grace & d'appas
À dépeindre un tourment qu'ils ne ressentent pas!
N'as tu point remarqué ce qu'a dit Luciane
En faveur des Chrestiens & de leur loy prophane?
Elle en a soustenu l'erreur avec tant d'art,
Que j'ay creû quelque temps qu'elle parloit sans fard,
Et que le trait dont lors elle sembloit atteinte,
Estoit un pur effect, & non pas une feinte.