GENEST.

Quoy, vous n'avez pas veu cette clarté brillante,
Dont l'effect merveilleux surpassant mon attente,
Avecque tant d'eclat a paru dans ce lieu
Alors qu'il a reçeu le ministre d'un Dieu.

ARISTIDE.

Quel Ministre? Quel Dieu? Tu nous contes des fables.

GENEST.

Non, Amys, je vous dis des choses veritables,
Nagueres quand icy j'ay paru devant vous:
Les yeux levez au Ciel, teste nue, à genoux,
Je voyois, ô merveille à peine concevable!
À travers ce lambris un prodige admirable,
Un Ange mille fois plus beau que le Soleil,
Et qui me promettant un bonheur sans pareil,
M'a dit qu'il ne venoit, si je le voulois croire,
Que pour me revestir des rayons de sa gloire.
Lors tous mes sens ravis d'un espoir si charmant:
Ont porté mon esprit à ce consentement,
Qui remplissant mon coeur d'une joye infinie
A fait voir à mes yeux cette ceremonie,
L'Ange, dont la presence estonnoit mon esprit,
En l'une de ses mains tenoit un livre escrit,
Où la bonté du Ciel secondant mon envie,
Je lisois aisément les crimes de ma vie,
Mais avec un peu d'eau que l'autre main versoit,
Je voyoit aussi-tost que l'escrit s'effaçoit,
Et que par un effect qui passe la nature,
Mon coeur estoit plus calme, & mon ame plus pure.
Voila ce que j'ay veu, voila ce que je sens,
Et qui produit en moy des transports si puissans.
Loing de moy desormais estres imaginaires,
Fleaux des foibles esprits, & des Ames vulgaires,
Faux Dieux, ce n'est plus vous aujourd'huy que je crains,
Ny ce foudre impuissant que l'on peint en vos mains:
Je ne vous connois plus, allez, je vous deteste,
Et mon coeur embrazé d'une flame celeste,
Adore un Dieu vivant dont l'extréme pouvoir,
Se faict craindre par tout, & par tout se faict voir.

DIOCLETIAN.

Cette feinte, Aquillin commence à me desplaire,
Qu'on cesse.

GENEST.

Il n'est pas temps, ô Cesar! de me taire;
Ce Seigneur des Seigneurs, & ce grand Roy des Roys,
De qui tout l'univers doit reverer les loix,
Soubs qui l'Enfer fremit, & que le Ciel adore,
Veut que je continue, & que je parle encore,
Sçache donc, Empereur, que ce Dieu souverain
De qui j'ay ressenty la puissance, & la main,
Lors que je me pensois rire de ses oracles,
Vient d'operer en moy le plus grand des miracles,
Changeant un idolatre en son adorateur,
Et faisant un sujet de son persecuteur.
Ne pensant divertir, ô prodiges estranges!
Que de simples mortels, j'ay resjouy des Anges,
Et dedans le dessein de complaire à tes yeux,
J'ay pleû sans y penser à l'Empereur des Cieux.
Il est vray que privé de ses graces extrémes,
J'ay tantost contre luy vomy mille blasphémes,
Mais dans ces faux discours que ma langue estaloit,
Ce n'estoit que l'Enfer, & non moy qui parloit,
Ce commun Ennemy de tout ce qui respire,
Qui par le crime seul establit son Empire:
Ayant trompé mes sens, & seduit ma raison,
M'avoit mis dans le coeur ce dangereux poison:
Mais enfin de mon Dieu les bontez infinies,
Ont toutes ces horreurs de mon Ame bannies,
Et je veux, ô Cesar! qu'on sçache à l'advenir,
Que je n'ay plus de voix qu'affin de le benir,
Qu'affin de publier aux deux bouts de la terre,
Qu'il est seul souverain, seul maistre du tonnerre,
Des cieux, des elemens, des Anges, des mortels,
Et digne seul enfin, & d'encens, & d'autels.