GENEST.
He! bien me voila prest, Tyran, allons mourir.
Apportez, apportez ces bienheureuses chaines,
Instrumens de ma gloire ainsi que de mes peines,
Luy rejettant son Escharpe.
Et reprends desormais ces liens odieux,
Qui me rendoient naguere esclave de tes Dieux.
Que ceux qui n'ont pas veu les divines merveilles,
Qui viennent de ravir mes yeux & mes oreilles,
De tes vaines grandeurs se rendent partizans,
Et d'un oeil envieux regardent tes presens.
Pour moy qui viens de voir de plus illustres marques,
Du pouvoir de celuy qui commande aux Monarques,
Je n'ay plus de desirs qui soient si criminels;
Tes dons sont passagers, les siens sont eternels,
Ses faveurs sont d'un Dieu, tes caresses d'un homme;
Et les honneurs du Ciel valent bien ceux de Rome.
Parle donc, Empereur, & haste mes tourmens;
Tu differes ma gloire, & mes contentemens,
Fay souffrir à mon corps les peines les plus dures,
Irrite tes boureaux, invente des tortures,
Et par un sentiment qui ne t'est pas nouveau
Qu'un deluge de sang te venge d'un peu d'eau,
Dont le divin effect m'a donné tant de graces,
Qu'à tes yeux aujourd'huy je brave tes menaces.
DIOCLETIAN.
Tu me braves, mutin, mais de ta trahison,
Et la flame, & le fer me feront la raison!
Qu'on l'oste de mes yeux, soldats, que l'on l'entraine;
Faictes qu'en mesme temps on l'applique à la gesne,
Et qu'il ressente là de si vives douleurs,
Qu'il estime la mort moindre que ses malheurs.
Va les suivre, Rutile, & voy s'il est possible,
De reprimer l'orgueil de ce coeur invincible:
Menace, flatte, prie, importune, promets,
Offre luy des tresors, ouy, je te le permets,
Des charges, des honneurs, & tout ce qui dans Rome,
Peut le mieux assouvir l'esperance d'un homme.
S'il se veut reconnoistre, & quitter son erreur,
Son remords peut encor desarmer ma fureur;
Mais s'il s'obstine plus à faire le rebelle:
Qu'on l'expose aux ardeurs d'une flame cruelle,
Qui sur son corps perfide agissant peu à peu,
Avec mille douleurs le brule à petit feu.
RUTILE.
J'observeray cét ordre.
DIOCLETIAN.
Allez.